Notre Monde devient-il Athée ?

Jean-Louis Petit

Spiritisme & Religion

Journal spirite n° 104

" La religion perd de son influence depuis plusieurs siècles, en particulier en Europe et en Amérique du Nord ". C'est du moins ce qu'affirme le World Street Journal ", cité par Courrier International, dans un article futuriste " La foi en 2050 ".

Partant du constat de la désertion des églises et de la montée de l'athéisme, qui deviendra, selon ces prévisions, presque aussi important que la foi chrétienne vers le milieu de ce siècle ( presque 2,5 milliards de personnes sur 9 milliards d'êtres humains pour les chrétiens et 1,5 milliards de personnes athées ). 

Cet article nous prédit un avenir matérialiste quasiment sans Dieu: " La religion pourrait quasiment disparaître, du moins en Occident ". Pour autant, l'Islam devrait continuer sa progression, passant de 1,5 milliards de croyants à 2,5 milliards en 2050, sachant que pour la seule Europe, l'on compte actuellement 43 millions de fidèles de Mahomet, pour une prévision de 71 millions en 2050. Un européen sur 10 sera musulman en 2050. De quoi alimenter nos vieilles peurs ancestrales en une guerre des religions et en un raz-de-marée des intégrismes. 

Peut-on néanmoins tirer de ces chiffres que la vieille prévision de la mort de Dieu est inexorablement en marche ? Ces chiffres ont l'apparence de l'évidence, celle du rationalisme actuel, lié au matérialisme qui donne l'impression d'un futur tout tracé. En fait, il correspond lui aussi à un système de croyances qui cherche à s'imposer pour assurer sa pérennité. C'est Dieu qui représenterait une foi périmée, une doctrine d'espérances en un monde meilleur dépendant des miracles et des divinités anciennes.

Les puissances qui nous gouvernent restent celles de l'argent qui aboutit actuellement à un partage de plus en plus inégalitaire des richesses.

Rappelons qu'actuellement 1% des habitants du globe possèdent plus de la moitié de ses ressources ! Le système économique et financier contemporain continue cependant sa course folle pour toujours plus de croissance matérielle, partagée de façon toujours plus inégalitaire: 62 personnes ont à elles seules autant de ressources que les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres; il en fallait 388 en 2010 pour faire la balance ! ( rapport récent de l'organisation internationale OXFAM ).  Faut-il rappeler que ce sont les milliardaires américains qui mènent actuellement la course à la présidence pour la succession d'Obama ? Faut-il évoquer tous les dégâts occasionnés à la planète, à son climat ? Sommes-nous tous condamnés à vivre l'avenir comme les Chinois, avec un air devenu irrespirable ? On est loin de Dieu, diront les athées; quel rapport entre la croissance, l'économie et Dieu ?

Et si c'était l'amour qui guidait en fait notre évolution, lente et ponctuée encore d'épisodes de sauvagerie comme le troisième Reich ou actuellement Daech. En fait, notre vie commune est de plus en plus civilisée, de plus en plus consciente de la nécessité du progrès moral. prenons la lunette de l'histoire pour essayer de comprendre comment évolue le monde des hommes, depuis qu'il est conscient d'avoir une destinée. cette histoire, telle qu'elle est enseignée du moins, est truffée de guerres et massacres. Ceux du troisième Reich n'ont sans doute rien à envier aux conquêtes sanglantes de Gengis Khan ou aux horreurs de la traite des esclaves et des exploitations diverses de l'homme par l'homme.

Pourtant, parmi ces soubresauts, sont arrivés régulièrement des messages de civilisation. Il semble universellement acquis depuis longtemps que le corps humain garde un caractère sacré, et le cannibalisme, sauf nécessité absolue [ exemple des naufragés d'un avion crashé dans les Andes, qui ont dû manger les cadavres congelés de leurs voisins de siège pour survivre ], est depuis longtemps considéré comme une monstruosité. Il y a peu, dans les années 1860, dans la société d'Allan kardec, les questions d'honneur se réglaient encore par un duel sanglant. Cette pratique est heureusement passée de mode.

 

Il est moins évident d'asseoir actuellement une civilisation moderne sur une société sans guerre: la mise en pratique des idées de liberté, d'égalité, de fraternité, encore plus celle de solidarité, qui ont depuis longtemps remplacé la loi du talion et la vendetta reste encore laborieuse. Derrière les religions si essoufflées actuellement, ce sont d'authentiques messages sur la grandeur de l'homme et sur l'amour universel qu'ont apportés tour à tour Bouddha, Jésus et Mahomet, eux-mêmes successeurs talentueux de plus anciens prophètes et de plus anciens codes de morale écrits qui nous libéraient déjà de l'arbitraire du plus fort. L'évolution des idées est évidente entre la loi mosaïque qui impose la crainte absolue de Dieu, et les Béatitudes de Jésus: " Heureux les humbles, heureux ceux qui ont soif de justice, heureux les êtres compatissants, heureux les justes que l'on inquiète ... ". Qui ne peut admettre que ces paroles restent toujours prophétiques et d'avant-garde ! Ne nous auraient-elles pas été données pour nous fixer un idéal, loin d'être atteint, mais peut-être plus proche qu'il y a deux mille ans ? L'homme serait-il devenu incapable de se reconnaître en lui ?

Si l'on regarde bien, les faits sont pour autant têtus: la peine de mort recule dans toutes les parties du monde, et apparaît de plus en plus comme une survivance barbare; les casques bleus de l'ONU sont encore une fois impuissants ou impossibles à déployer par rapport à la haine des belligérants, mais l'idée d'une force internationale d'interposition entre les combattants n'existait même pas au XIXème siècle. Celle d'une justice internationale non plus; or, il y a eu un tribunal international à Nuremberg pour juger les dirigeants nazis. La Cour Internationale de La Haye lui a succédé, sans qu'elle puisse encore se saisir de tous les odieux criminels responsables d'atrocités. Pour autant, Laurent Gbagbo, soupçonné de crimes graves en Côte d'Ivoire, a lui aussi maille à partir actuellement avec la Cour de la Haye. 

Cette notion de crime contre l'humanité est désormais bien vivace. Les dirigeants des Khmers rouges sont toujours jugés actuellement au Cambodge au nom de cette idée révolutionnaire mise en oeuvre par des tribunaux cambodgiens, avec un mandat spécial de l'ONU. Alors, faut-il vraiment désespérer de l'homme ou de Dieu ? Ni de l'un, ni de l'autre, même si les progrès de l'humanité demeurent encore lents. Même si la brutalité se dissimule encore à notre époque sous le nom de Dieu, avec des attentats dignes de guerres de religions, chacun sait qu'égorger un homme est un crime contraire à l'amour qui reste la grande loi de l'humanité.

 

De plus en plus d'hommes, même athées, reconnaissent les pouvoirs de l'esprit, et la science officielle recule sans cesse les frontières de la mort. Les grandes questions qui agitent l'homme, depuis qu'il donne à sa dépouille des attentions religieuses , demeurent. Si l'esprit est bien au centre de nos vies, qui est capable de créer réellement la vie ? Comment expliquer que la personnalité semble bien persister après la mort ? C'est de la science future que viendra la réponse.

 

Nous, spirites, nous pouvons déjà remarquer qu'un américain sur quatre déclare actuellement croire en la réincarnation. Nos messages spirites nous annoncent pour bientôt la preuve scientifique de cette croyance, qui est déjà celle d'une bonne partie de l'Asie. 

Force sera de constater de plus en plus que la mort n'est rien, et que les contacts demeurent possibles avec des intelligences humaines passées dans l'au-delà. L'homme est et sera de plus en plus conscient de sa divine origine. Alors sans doute n'aura t'il plus besoin de religion, car il portera en lui, naturellement, la conscience de cette présence. Il l'acceptera enfin et n'aura donc plus la nécessité d'intermédiaires, papes, prêtres, ... Si les religions doivent sans doute mourir un jour, on est certainement loin de la mort de Dieu ...  

Jean-Louis Petit

Spiritisme & Religion

Journal spirite n° 104